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Vous n'avez pas encore joué ?
2 500 milliards d'euros d'argent public par an : l'Europe va-t-elle enfin les dépenser pour sa réindustrialisation ?
En ce moment même, le Parlement européen est en train de définir les termes de la réindustrialisation européenne.
Chaque année, les États, les régions, les communes et les hôpitaux européens achètent et subventionnent pour environ 2 500 milliards d'euros, près de 14 % du PIB de l'Union européenne. Le premier client du continent, c'est le contribuable. Or, ce client achète chinois. Le métro de Porto a été commandé à un constructeur chinois avec des fonds européens. Les bus d'Athènes, cofinancés par l'Union, aussi. Pendant ce temps, les ateliers d'Annonay en Ardèche et de Bourg-en-Bresse dans l'Ain font grise mine.
Pour contrer cette aberration, l’Union européenne s’est fixée comme objectif politique de permettre et accélérer la réindustrialisation de l’Europe, avec l'accélérateur industriel européen( ou Industrial Accelerator Act). Ce règlement doit mettre fin à l’anomalie de cette UE qui finance ses concurrents internationaux.. Le député européen, Pierre Jouvet, est chargé de négocier sur la réindustrialisation, en tant que rapporteur pour la commission du marché intérieur du Parlement européen, aux côtés de deux co-rapporteurs, Christophe Grudler (Renew) et Anna Cavazzini (Verts).
Afin de comprendre les enjeux réels de la réindustrialisation en Europe, Pierre Jouvet a mené six auditions à Bruxelles, échangé avec plus de 200 chefs d'entreprise et de fédérations, et visité des dizaines de sites industriels, des PME comme d'Althéora en Ardèche aux grands groupes comme Airbus à Haute-Garonne. Car, c’est en partant des retours des entrepreneurs et des travailleurs des industries que doit se construire la réindustrialisation européenne.
La réindustrialisation n'est pas une lubie bruxelloise. Le constat est clair : l’état de l’industrie européenne n’a jamais été aussi critique. L'industrie manufacturière est tombée à 14,3 % du PIB européen en 2024, et à 10,6 % en France, soit le niveau de la Grèce. En 2025 comme en 2024, notre pays a fermé plus d'usines qu'il n'en a ouvert. À l’autre bout du monde, la méthode chinoise ne varie jamais : casser les prix, tuer la filière, relever les tarifs une fois seul en piste. Le textile avant-hier, le photovoltaïque hier, la voiture électrique aujourd'hui, et demain ? Des dizaines de secteurs. Comme la construction navale, la chimie ou l'éolien, secteur où les fabricants non européens sont passés de 27 % du marché mondial en 2020 à 70 % en 2025.
La version de l’Industrial Accelerator Act défendue par les trois rapporteurs change notamment trois choses par rapport à la proposition timide de la Commission européenne. Des critères d'origine géographique et de création de valeur entrent dans la commande publique et les aides d'État, avec une définition exigeante du « made in EU », restreinte aux 27 États membres. Le contrôle des investissements étrangers est élargi à davantage de secteurs et abaissé aux opérations à partir de 50 millions d'euros. Les zones d'accélération industrielle offriront un guichet unique aux entreprises pour faciliter les implantations de nouveaux sites.
Concrètement, si le texte est adopté :
- une voiture électrique devra contenir 75 % de composants européens, éléments de batterie compris, pour ouvrir droit à un bonus d'État ;
- une entreprise chinoise voulant racheter un fabricant européen d'éoliennes ne pourra pas dépasser 49 % du capital ;
- une gigafactory qui s'installe dans une zone d'accélération aura un seul interlocuteur et dix-huit mois de procédure maximum.
Reste la question qui sépare la gauche du reste de l'hémicycle : la réindustrialisation oui, mais à quelles conditions ? Le Sénat français a chiffré les aides publiques aux entreprises à 211 milliards d'euros pour 2023. C'est le premier poste de dépense du pays, devant l'Éducation nationale. Nous avons subventionné des machines qui n'ont jamais tourné. Pierre Jouvet défend donc, au nom des socialistes et démocrates européens, des conditionnalités sociales dans tout projet aidé : une part majoritaire d'emplois stables, un salaire supérieur au minimum local, un effort de formation, la parité salariale, et le remboursement intégral des aides si le site financé est délocalisé…
« Une préférence européenne sans contrepartie sociale, c'est une subvention de plus. »
La préférence locale est nécessaire pour permettre la réindustrialisation. Entre 2009 et 2024, plus de cinq mille mesures de préférence locale ont été adoptées dans le monde. L'Europe en a pris 1 % de ce total. La préférence ne sera pas suffisante. Pour être pleinement efficace, elle doit être accompagnée d’une vraie stratégie industrielle qui planifie la formation, encourage l'investissement, modère le prix de l'énergie. Alors, les salaires monteront. Car l'usine reste la meilleure machine à salaires du pays : on y compte deux fois moins de salariés au SMIC que dans le reste de l'économie.
Cela paraît évident mais rien n'est acquis. Fin juin, les États membres ont produit au Conseil un compromis qui supprime l'objectif de 20 % de PIB industriel et écarte les deux chapitres qui fâchent, la préférence européenne et le contrôle des investissements étrangers. Mais ils ont gardé les permis et la simplification, sauf qu’on ne démarre pas la rénovation d’une maison au toit qui fuit en accrochant des cadres aux murs. Et face aux États, la Commission veut ouvrir le « made in Europe » à près de quatre-vingt-dix pays ayant signé un accord commercial avec l'Union. C’est inacceptable.
Réindustrialiser l’Europe est un projet de grande échelle qui bouleversera de nombreux secteurs et touchera à des enjeux aussi divers que l’environnement, l'emploi, la mobilité ou le budget. Aux côtés de Pierre Jouvet, d’autres députés - Christophe Clergeau, Jean-Marc Germain, Thomas Pellerin-Carlin, François Kalfon - mèneront cette bataille de la réindustrialisation. Car c’est en se mobilisant collectivement que nous arriverons à mener ce combat d’ampleur.
Les amendements sont déposés jusqu'au 30 septembre, le vote en commissions est prévu le 1er décembre, la plénière suivra en fin d'année. Pierre Jouvet y portera le renforcement des conditionnalités sociales, l'élargissement du texte aux industries de demain, robotique et aérospatial, et un label « made in Europe » visible par les consommateurs.
Le premier pas est fait, le combat pour la réindustrialisation continue. La réindustrialisation européenne est possible, à condition que la volonté politique soit au rendez-vous. Cette volonté nous la portons.