Tribune
Murielle Laurent
Droits fondamentaux et migration, solidarité internationale, voix des citoyens

Global Europe : quel rôle voulons-nous pour l’Europe dans le monde ?

La solidarité internationale est à un tournant. Alors que les budgets consacrés à l’aide au développement sont sous pression, que les inégalités se creusent et que les crises se multiplient, l’Union européenne doit faire un choix : affirmer son engagement en faveur de la solidarité, de la paix et de la justice mondiale, ou laisser sa politique de coopération être progressivement subordonnée à des intérêts économiques et des objectifs de contrôles migratoires.

C’est tout l’enjeu du futur instrument « Global Europe », qui définira les priorités de l’action européenne pour la période 2028-2034. Lundi soir, en commission parlementaire, nous avons voté la position du Parlement européen concernant cet instrument.

Il ne s’agit pas d’un simple mécanisme de financement. Ce sont des choix politiques qui détermineront où ira l’argent européen, qui en bénéficiera, selon quelles priorités et sous quel contrôle démocratique.

Derrière ces choix budgétaires, il y a des millions de vies : celles des populations confrontées à la pauvreté, aux inégalités, aux conflits et aux conséquences du changement climatique. Il y a aussi notre capacité collective à défendre les droits humains, la démocratie et la participation citoyenne.

Alors que la solidarité internationale est fragilisée par les coupes budgétaires, notamment aux États-Unis avec le démantèlement de programmes de l’USAID, mais aussi dans plusieurs États membres, l’Europe doit prendre une autre direction : renforcer son engagement plutôt que contribuer au recul de la coopération internationale.

Les négociations ont été difficiles. La droite a exercé une forte pression pour conditionner davantage l’aide au développement à la coopération des pays partenaires en matière de retour des personnes migrantes. Nous nous y sommes opposés avec détermination. L’aide au développement n’est pas une monnaie d’échange.

Le texte n’est pas parfait, mais nous avons obtenu des avancées concrètes pour rééquilibrer le futur instrument en faveur du développement, de la solidarité et du contrôle démocratique :

  • 93 % des fonds de Global Europe devront être admissibles au titre de l’aide publique au développement (APD), selon les critères de l’OCDE

  • Au moins 85 % des actions financées devront avoir pour objectif principal ou significatif l’égalité entre les genres

  • Au moins 20 % de l’APD devront être consacrés à l’inclusion sociale et au développement humain

  • Au moins 20 % de l’APD devront bénéficier aux pays les moins avancés ainsi qu’aux situations de fragilité et de conflit.

  • Un financement minimum dédié à l’aide humanitaire, afin que les populations confrontées aux crises puissent continuer à bénéficier du soutien européen.

  • Le renforcement du rôle du Parlement européen dans le contrôle de l’utilisation des fonds.

  • Des garde-fous ont été obtenus pour limiter les risques de détournement de l’aide publique au développement à des fins de conditionnalité migratoire.

  • Une ligne budgétaire spécifique pour un fonds de reconstruction de Gaza.

  • Une enveloppe de 100 milliards d’euros pour l’Ukraine.

Ces garanties sont essentielles. 

Le futur instrument Global Europe ne résoudra pas, à lui seul, les crises mondiales. Mais il dit beaucoup de l’Europe que nous voulons construire et du rôle qu’elle entend jouer dans le monde.

Face au recul de la solidarité internationale, l’Europe ne peut pas se contenter de proclamer ses valeurs : elle doit se donner les moyens de les faire vivre.

Avec ce vote, nous avons défendu une ambition claire : faire de Global Europe un instrument au service du développement, de la justice mondiale et de la paix, sans renoncer aux principes qui doivent guider l’action extérieure de l’Union européenne. Le travail se poursuit désormais pour que ces engagements se traduisent concrètement dans le futur budget européen 2028-2034.