Règlement Retour : la droite vous ment
Ce 17 juin, le règlement qui encadre le renvoi des personnes en situation irrégulière dans l’Union européenne sera soumis au vote du Parlement européen à Strasbourg.
Ce texte ouvre notamment la voie à la création de « hubs de retour ». Concrètement, il permettra aux États membres qui le souhaitent de conclure des accords avec des pays hors de l’Union, où que ce soit dans le monde, pour y transférer des personnes faisant l’objet d’un ordre de quitter le territoire. En externalisant ainsi les retours, ce dispositif fait peser un risque majeur de violations des droits fondamentaux.
Le but de ce texte, porté par la droite et l’extrême droite ? Augmenter le nombre de personnes expulsées.
Sera-t-il atteint ? Ma réponse est non.
Pourquoi ? Parce que ce texte ne s’attaque à aucun des obstacles qui empêchent aujourd’hui les retours effectifs.
Ces obstacles sont pourtant connus : le manque de coopération de certains pays d'origine, une politique des visas trop restrictive et incohérente, ainsi que l’impossibilité d’effectuer des migrations circulaires.
En revanche, ce règlement aggravera encore la précarité des personnes déjà confrontées à des situations extrêmement difficiles. Il encouragera davantage d’entre elles à se soustraire aux autorités pour échapper à des procédures arbitraires et inhumaines.
Va-t-on alors « reprendre le contrôle de la situation » comme le clame Bruno Retailleau ? En aucun cas.
Au contraire, ce texte risque de rendre l’Union européenne toujours plus dépendante de pays tiers, parfois aux mains de dictateurs.
Est-ce vraiment ce que nous voulons pour notre Europe ?
Soutenir ce texte, c’est simplement abdiquer nos valeurs. Ces valeurs que la droite invoque si souvent lorsqu’elle accuse les migrants de ne pas les respecter.
Ce règlement Retour, qui sera sans nul doute, salué par un tonnerre d’applaudissements de la droite et l’extrême droite dans l’hémicycle, privilégie clairement l’affichage politique à l’efficacité. Donner l’illusion de l’action sans apporter de réponse aux problèmes qu’on prétend résoudre : voilà sa seule ambition.
Pour notre part, nous voterons contre ce règlement. Non pas parce que nous sommes opposés au retour des personnes qui n’ont pas le droit de se maintenir sur le territoire de l’Union, mais parce que ce texte ne résoudra aucun des problèmes qu’il prétend traiter et qu’il constitue un recul historique pour les droits des migrants.
Là où je rejoins François-Xavier Bellamy, Bruno Retailleau et les autres défenseurs de ce texte, c’est qu’il marque effectivement un tournant dans la politique migratoire de l’Union.
Mais ce tournant est profondément préoccupant : jamais jusqu’à présent l’Union européenne n’avait jamais envisagé des mesures aussi extrêmes contre des personnes qui n’ont commis aucun crime.