Tribune
Jean-Marc Germain
Budget de l'Europe et commerce international

Victoire pour la protection des intérêts industriels stratégiques : la sauvegarde de l'acier européen est enclenchée

L’acier est partout : dans nos ponts et nos gratte-ciels, nos voies ferrées et nos voitures, nos usines et nos hôpitaux, nos câbles électriques, nos tracteurs, nos machines à laver, jusqu'à nos couverts et nos boîtes de conserve. 

Même dans un monde où la lutte contre le réchauffement climatique implique une sobriété des usages, cette omniprésence fait de l’acier un produit qui est et qui restera hautement stratégique, d’autant plus que c’est un composant essentiel pour la transition énergétique, nécessaire à la construction d’éoliennes, de réseaux électriques, de pylônes ou d’infrastructures ferroviaires. Et il représente aussi la base indispensable de toute industrie de la défense. Sans lui, pas de chars, de blindés, de navires, de sous-marins, de pièces d'artillerie ou de munitions, qui permettent d’assurer notre liberté continue. 

Car une communauté qui ne maîtrise pas son acier prend le risque de dépendre de celle qui le lui fournit. C'est pour cela que la mise en commun de l'acier entre l'Allemagne et la France fut l'acte fondateur de notre Union européenne. Les fondateurs avaient compris qu'il n'y aurait ni paix durable, ni souveraineté réelle sans maîtrise collective de cette ressource vitale.

Mais la filière européenne de l’acier, troisième productrice mondiale, est aujourd'hui menacée. Depuis des années, le marché mondial est inondé par des surcapacités massives, alimentées au premier chef par une production chinoise très largement supérieure à sa consommation intérieure. Des mesures protectrices adoptées par d’autres pays comme les Etats-Unis ont fait de l’Europe le principal destinataire de ces excédents. 

Il en résulte une pression importante sur les prix, qui fragilise les sites de production européens, menaçant les plus de 300 000 emplois directs et 2,5 millions d'emplois indirects liés au secteur à travers plus de vingt États membres. La capacité de la filière à investir pour financer sa décarbonation s’en retrouve également atteinte, alors que celle-ci est indispensable pour atteindre nos objectifs climatiques. Il était donc urgent pour l’Union Européenne d’agir en imposant des mesures de sauvegardes fortes, nécessaires pour protéger la sidérurgie européenne. C’est ce que fait le règlement sur la surcapacité mondiale sur le marché de l’acier, que nous allons voter en plénière la semaine prochaine. Ce texte représente une victoire significative. 

  • Il divise par deux les quotas d’acier pouvant rentrer dans l’UE avec des droits de douane réduits, afin de s’aligner sur le niveau des importations de 2013, avant la surcapacité mondiale actuelle.
  • Il multiplie par deux les droits de douane sur l’acier hors de ce quota, en les faisant passer de 25% à 50%, pour mieux protéger nos producteurs face à la compétition déloyale et au dumping écologique.
  • Il introduit une traçabilité réelle du lieu de production, et non plus du simple point d'expédition, par une exigence d’origine renforcée dite « fondu et coulé » : à l'importation, il faudra désormais identifier le lieu où l'acier a été produit à l'état liquide puis solidifié pour la première fois, permettant de lutter contre le contournement.
  • Il impose que la Commission examine, d'ici six mois, l'élargissement des sauvegardes à de nouveaux produits de l’acier. Puis, d’ici un an, si certains produits majoritairement composés d’acier doivent également faire l’objet de quotas.
  • Il enlève la limitation de durée normalement attachée aux mesures de sauvegarde, sortant de la logique du dispositif temporaire pour assumer une régulation structurelle du marché européen de l'acier.

Depuis le début du mandat, nous nous sommes battus pour l’adoption de ce nouvel instrument. Il correspond précisément à ce que notre famille politique défend depuis des années : une Europe qui ne confond plus naïveté commerciale et ouverture au monde, qui protège ses travailleurs, qui investit dans la transition écologique de son industrie, et qui se donne les moyens de sa propre souveraineté. 

Ce que nous obtenons aujourd'hui sur l'acier était hier jugé irréaliste. C'est devenu désormais la position majoritaire au Parlement et au Conseil. Notre message imprime. 

Reste à transformer l'essai. Ces sauvegardes ne valent que si elles s'accompagnent d'un véritable plan d'investissement dans la décarbonation de la sidérurgie, d'une politique commerciale tout aussi exigeante sur les autres secteurs stratégiques, et d'une loi sur la préférence européenne à la hauteur des enjeux. 

C'est le combat que nous menons désormais : faire de cette victoire le point de bascule vers une Europe mieux protectrice de notre souveraineté, plus solidaire envers les travailleurs, et engagée non pas en faveur du seul libre échange, mais du juste échange.