Ce mardi, le Parlement européen a voté l’Omnibus IA, un texte présenté par la Commission européenne au nom de la simplification. La délégation française du groupe S&D s’est abstenue.
Pourquoi ? Parce que ce texte contient des avancées réelles, mais passe à côté de l’essentiel.
Oui, nous avons obtenu le maintien de protections importantes dans l’IA Act. Oui, nous avons empêché la droite et l’extrême droite de vider entièrement de sa substance la première grande régulation démocratique de l’intelligence artificielle au monde. Oui, l’interdiction des « nudifieurs » (outils de déshabillage numérique), le maintien des évaluations d’impact sur les droits fondamentaux et la préservation du périmètre général de l’IA Act sont des victoires.
Mais… nous refusons de faire comme si tout allait bien.
La transparence est affaiblie sur certains points. Les protections des travailleurs face à des systèmes d’IA intégrés aux machines industrielles sont réduites. Et surtout, la méthode est dangereuse : rouvrir l’IA Act avant même son entrée en vigueur complète, c’est installer l’idée que la simplification peut devenir le cache-sexe de la dérégulation.
Et on ne peut pas voter avec légèreté quand, au même moment, l’administration Trump donne à l’Union européenne une leçon brutale. En ordonnant à Anthropic de couper l’accès à ses modèles les plus puissants, Claude Fable 5 et Mythos 5, à tout ressortissant non américain, Washington a rappelé une vérité simple : une technologie stratégique que nous ne maîtrisons pas peut nous être retirée du jour au lendemain. Chercheurs, PME, hôpitaux, administrations, ingénieurs européens : tous peuvent être privés en une nuit d’outils devenus essentiels.
Ce sujet n’est pas technique. Il est existentiel. L’Union européenne ne doit pas seulement réguler l’intelligence artificielle. Elle doit la maîtriser. Cela suppose d’investir massivement dans nos infrastructures numériques, nos capacités de calcul, nos modèles européens, nos centres de données, nos semi-conducteurs, nos logiciels critiques et nos compétences. Cela suppose aussi de soutenir nos pépites industrielles et technologiques, au lieu de les laisser seules face aux géants américains et chinois.
Mais la souveraineté numérique ne se gagnera pas uniquement en finançant quelques champions privés. Elle exige aussi des capacités publiques. Aussi nous défendons la création d’un institut public européen de l’intelligence artificielle, chargé de développer des modèles publics, auditables, accessibles, au service des chercheurs, des entreprises, des administrations et des citoyens. Des communs algorithmiques. Une infrastructure démocratique. Comme l’État a bâti les routes, la poste ou l’école, l’Union européenne doit bâtir les infrastructures numériques du XXIe siècle.
La dépendance n’est pas une fatalité. C’est un choix politique. Notre délégation continuera le combat pour une Union européenne capable de bâtir sa souveraineté numérique.