Dénoncer l’apartheid de genre en Afghanistan tout en négociant avec les talibans : l’hypocrisie européenne à son comble
Alors que le Parlement européen débat ce mercredi 20 mai de la situation dramatique des femmes et des filles en Afghanistan, un nouveau cap a été franchi par le régime taliban avec l’adoption d’un code de procédure pénale institutionnalisant encore davantage l’effacement des femmes de l’espace public.
Depuis leur retour au pouvoir, les talibans ont méthodiquement détruit les droits fondamentaux des Afghanes : interdiction d’étudier au-delà du primaire, exclusion du travail, restriction de la liberté de circulation, suppression de l’accès à la justice, violences institutionnalisées. Ce nouveau texte consolide un système où les femmes ne sont plus des citoyennes à part entière mais des sujets privés de voix, de protection et de dignité.
Il faut le dire clairement : les talibans mettent en place un régime d’apartheid de genre.
Il y a quelques jours, la Commission européenne annonçait avoir invité les autorités talibanes en Afghanistan à venir discuter, à Bruxelles, de la politique migratoire et du retour de certains Afghans dans le pays. Cette invitation constitue une faute politique et morale grave.
En recevant les talibans comme interlocuteurs institutionnels sur les questions migratoires, l’Union européenne prend le risque d’envoyer un signal désastreux : celui d’une Europe prête à fermer les yeux sur les droits des femmes lorsque ses intérêts migratoires sont en jeu.
Comment pouvons-nous prétendre défendre les droits humains tout en envisageant le renvoi de demandeurs d’asile déboutés vers un pays où les femmes sont privées des droits les plus élémentaires et où les défenseurs des droits humains vivent sous la menace permanente ?
Aucun État membre ne devrait procéder à des expulsions vers l’Afghanistan. La protection internationale des réfugiés afghans doit être garantie. Toutes celles et ceux qui sont ciblés par le régime doivent pouvoir trouver refuge en Europe. Et aucun Afghan ne devrait faire l’objet d’un retour au vu des risques largement documentés que les personnes renvoyées encourent.
L’Union européenne ne peut pas devenir une puissance qui externalise ses responsabilités migratoires au prix du silence sur les crimes commis contre les femmes.
Notre responsabilité historique est claire : soutenir la société civile afghane, renforcer l’aide humanitaire et dénoncer l’apartheid de genre mis en place par les talibans.
Les femmes afghanes continuent de résister avec un courage extraordinaire. Elles manifestent, enseignent clandestinement, témoignent des abus dont elles sont victimes malgré les menaces et les arrestations. Elles nous demandent de ne pas détourner le regard.
Nous avons le devoir politique et moral de les entendre.