La Commission européenne a présenté aujourd'hui sa première stratégie dédiée aux îles de l'Union, où vivent près de 17 millions d'habitants. Nora Mebarek, eurodéputée française du groupe des Socialistes et Démocrates et vice-présidente de la commission du développement régional, salue cette initiative tout en alertant sur ses angles morts. Elle sera la rapporteure du groupe S&D sur cette stratégie.
« Que la Commission reconnaisse enfin, par une stratégie dédiée, les handicaps sévères et permanents des territoires insulaires consacrés à l'article 174 du Traité, c'est une victoire pour les communautés insulaires et pour le Parlement, qui le réclamait de longue date. Mais un document qui se contente d'inviter les États membres et de promettre d'examiner des doléances « le cas échéant » ne suffit pas. Les insulaires n'ont pas besoin d'intentions : ils ont besoin de moyens », déclare Nora Mebarek.
L'eurodéputée souligne que le texte mobilise pour l'essentiel des enveloppes déjà existantes, comme les 12,5 milliards d'euros programmés pour 2021-2027 au titre de la politique de cohésion, sans dégager de financement nouveau ni de ciblage contraignant pour les îles.
Pour Nora Mebarek, cette faiblesse est d'autant plus préoccupante qu'elle se conjugue avec la logique recentralisatrice des futurs plans nationaux et régionaux de partenariat (NRPP), qui structureront le prochain cadre financier pluriannuel. « Renvoyer le sort des îles à la bonne volonté des gouvernements nationaux, sans fléchage garanti, c'est risquer que les territoires les plus fragiles soient les premiers sacrifiés au moment des arbitrages budgétaires », met-elle en garde.
C'est pourquoi l'eurodéputée proposera, lors de l'examen du règlement NRPP, un chapitre dédié aux îles, afin d'ancrer dans le droit ce que la stratégie ne formule pour l'instant qu'en termes de recommandation. L'objectif : garantir une allocation identifiable, une gouvernance associant les autorités locales et régionales et la société civile, et la prise en compte systématique du « coût de l'insularité » que documente la stratégie.
Par ailleurs, les politiques historiques comme la politique agricole commune, la pêche et la cohésion ne sauraient porter seules l'effort en faveur des îles. L'eurodéputée défendra donc deux autres leviers :
• d'une part, que la révision actuelle des mesures spécifiques en matière d'aides d'État débouche sur des règles réellement adaptées à l'insularité ;
• d'autre part, un accès privilégié et explicite des îles aux autres fonds du budget européen, à commencer par le programme Horizon Europe, le mécanisme pour l'interconnexion en Europe, Erasmus+ ou encore le programme LIFE dont nous demandons le maintien dans le futur budget européen 2028-2034, afin que ces territoires ne dépendent pas du seul guichet de la cohésion.
Cette ambition trouve son prolongement dans le futur rapport du Parlement européen sur la stratégie, où l'eurodéputée plaidera pour une clause d'insularité transversale, qui imposerait à toutes les politiques européennes d'intégrer les besoins spécifiques des îles. Elle défendra à cette fin la création d'une évaluation d'impact territorial insulaire, sur le modèle du « test rural » déjà appliqué aux zones rurales, afin que chaque nouvelle initiative de l'Union soit systématiquement examinée à l'aune de ses effets sur les îles.
« L'essence du projet européen est née d'une promesse de solidarité et de justice territoriale : que l'on naisse sur une île ou sur le continent, chacun doit pouvoir exercer son "droit de rester", celui de vivre, travailler et se loger là où l'on se sent chez soi, avec un accès égal aux services publics et à une transition écologique juste, sans être contraint à l'exil. Mon rôle, en tant que rapporteure S&D, sera de transformer cette stratégie en engagements concrets, et non en catalogue de bonnes intentions », conclut Nora Mebarek.