La politique migratoire européenne vient de prendre un tournant grave. Le Parlement européen vient d’adopter le règlement « Retour », la droite européenne a choisi de s’aligner sur les exigences de l’extrême droite et d’imposer une logique de surenchère sécuritaire. Le résultat est un texte inefficace sur le fond et dangereux tant pour les migrants que pour l’État de droit.
Ce règlement est présenté comme une réponse au faible taux de retours effectifs des personnes en situation irrégulière. En réalité, il ne s’attaque à aucun des vrais obstacles qui empêchent l’exécution des décisions de retour. À la place, la droite et l’extrême droite imposent toujours la même recette : plus de rétention, plus de privation de liberté, plus de suspicion, plus d’arbitraire, moins de garanties. Résultat : une stratégie de brutalité qui ne rendra pas les retours plus efficaces, mais affaiblira les principes sur lesquels l’Union européenne s’est construite.
Le règlement ouvre notamment la voie à la création de « hubs de retour » dans des pays tiers. Concrètement, des États membres pourront transférer n’importe où hors de l’Union européenne des personnes faisant l’objet d’un ordre de quitter le territoire. Externaliser les retours, ce n’est pas reprendre le contrôle. C’est délocaliser nos responsabilités. C’est rendre l’Union européenne dépendante de pays tiers, parfois autoritaires, qui pourront faire de notre politique migratoire un instrument de chantage.
Le texte élargit aussi les possibilités de rétention administrative et dilue la notion de menace pour la sécurité publique.
Pire encore, il ouvre la voie à des perquisitions sans mandat judiciaire visant des associations, des citoyens, des services sociaux ou médicaux afin de permettre le renvoi des migrants. Du jamais vu !
« Sous couvert d’efficacité, la droite européenne importe en Europe les méthodes et l’imaginaire de Trump : détention de masse, externalisation des retours, suspicion généralisée. Nous refusons une Europe des raids façon ICE américaine. » déclare Murielle Laurent.
Soyons clairs : nous ne contestons pas la nécessité d’une politique de retour. Les personnes qui n’ont pas le droit de se maintenir sur le territoire de l’Union doivent faire l’objet d’une procédure de retour. Mais cette politique doit être efficace, encadrée, proportionnée et conforme aux droits fondamentaux.
Ce règlement fait exactement l’inverse. Il remplace l’efficacité par la brutalité. La diplomatie par l’externalisation. L’État de droit par l’affichage politique.
La délégation S&D France a voté contre ce texte. L’Union européenne a besoin d’une politique sérieuse, humaine et efficace. Pas d’une fuite en avant répressive applaudie par la droite et l’extrême droite.