Madame von der Leyen : les mots ne suffisent plus

Comme l'année dernière, Ursula von der Leyen a rappelé que l'Europe fait face à des menaces existentielles, qu'elle doit être souveraine et indépendante. Nous le savons : c'est le sens de notre combat depuis plusieurs mandats. Mais les mots ne nous suffisent plus. Nous voulons des actes - pas une heure de discours pour un contenu vide. Ce qui ressort de cette intervention, ce sont des « initiatives », des « plans », des « cadres » : des annonces sans date ni chiffres. 

Des annonces loin du quotidien des Européens

Les citoyens veulent savoir comment se nourrir, se loger, payer leur facture d'électricité. Ces sujets ont été survolés. Un exemple, parmi tant d’autres, le paquet logement abordable, présenté récemment, est cité - mais nous le savons insuffisant, faute de tout financement supplémentaire annoncé, notamment pour l'adaptation climatique des logements.

Le budget est pourtant central pour donner à l'Europe les moyens de ses ambitions. Nous regrettons qu'il ait été à peine évoqué : aucune mention de la préservation du FSE+, aucun financement dédié à la santé, à la qualité de l'alimentation ou à la transition vers les renouvelables. Face à l'été que nous venons de vivre, ce silence est inacceptable. 

La Commission européenne persiste dans le flou avec les incendies. Une « future flotte européenne de lutte contre les incendies » est annoncée mais sans date, renvoyée à des propositions d'experts. La situation est urgente : nous voulons des engagements et un chiffrage précis. Car ces incendies sont le résultat de notre inaction climatique. Pourtant, aucune mention réelle de l'environnement, ni du Pacte vert, ni de l'objectif de neutralité carbone en 2050 - alors que ce sont précisément ces leviers qui préviennent les incendies et sauvent des vies.

L'agriculture, elle aussi victime du dérèglement climatique, est la grande absente du discours, hormis une « nouvelle initiative européenne sur l'eau » sans date ni contenu. Elle n'apparaît ailleurs que citée parmi les secteurs porteurs pour l'intelligence artificielle (IA) - comme si cela suffisait à améliorer la vie des agriculteurs. L'IA est un enjeu majeur mais elle n'est pas la réponse à l'ensemble des défis sociaux et environnementaux que nous affrontons.

Un besoin de clarification politique

À plusieurs reprises, Madame von der Leyen évoque la menace venue de l'intérieur, la montée des forces antidémocratiques et anti-européennes, le besoin de ne pas nous diviser. Mais ce constat appelle une question : quand sa famille politique rompra-t-elle, dans les faits, avec l’extrême droite au Parlement ? C’est cette même alliance droite et extrême droite qui a permis l’adoption du Règlement Retour. La brutalité plutôt que l’efficacité.

« La frontière de Ceuta est européenne. L'Europe sera là pour vous », a-t-elle déclaré. Nous constatons pourtant l'absence de solidarité européenne lors de ces événements, à l'inverse d'autres épisodes comme celui de Lampedusa. La désunion menace.

Réaffirmer la puissance européenne

Madame von der Leyen reconnaît l'urgence de défendre l'Europe face aux puissances qui la menacent - après que la Russie a violé à plusieurs reprises l'espace aérien européen avec des drones. Nous soutenons la création d'un article 4 européen et d'un Conseil européen de sécurité. Mais il faut que les agresseurs paient : les avoirs russes gelés doivent être confisqués pour financer l'Ukraine, premier rempart face à la Russie.

La menace ne vient pas que de Moscou. La Présidente de la Commission a omis de nommer Donald Trump. Soyons réalistes : les États-Unis de Donald Trump ne sont plus des alliés sans réserve. La crise du Groenland a montré l'unité européenne, mais aussi la menace que représente l'administration américaine. L’annonce d’un partenariat renforcé avec le Canada était pourtant l’occasion de pointer les errances de l’administration américaine. Inspirons-nous du Canada, soyons courageux, affirmons un rapport de force.

Le rouleau compresseur industriel chinois, enfin, n’a été qu’évoqué. Où sont les mesures promises ? Les mots ne suffisent plus : nous voulons une préférence européenne assumée et des outils de défense commerciales repensés.

Du courage, des actes, des chiffres : voilà ce qu'attendent les Européens. Pas un discours de plus.