Tribune
Christophe Clergeau
Santé environnementale, mers et océans, protection civile

Produits chimiques : bâtissons les conditions pour protéger notre santé.

21 avr. 2026

Produits chimiques : Nous avons évité le pire, maintenant bâtissons les conditions pour protéger notre santé.

Soyons clairs : l’accord trouvé sur l’omnibus « produits chimiques » n’est pas idéal. Il porte la marque d’une orientation préoccupante impulsée par la Commission européenne, qui a choisi d’ouvrir la voie à des logiques de dérégulation là où nous devrions, au contraire, renforcer notre niveau d’exigence. 

Et pourtant, je voterai ce compromis. 

Je le voterai parce qu’il permet d’éviter le pire. Parce qu’il préserve un principe fondamental qui, pour moi, ne devrait jamais être négociable : les produits que nous utilisons au quotidien — cosmétiques, produits d’hygiène, engrais — ne doivent pas contenir de substances dangereuses pour la santé. 

Il faut mesurer ce qui était en jeu. La proposition initiale permettait d’assouplir les restrictions sur des substances cancérigènes dans des produits aussi courants que le dentifrice, les parfums ou les rouges à lèvres. Elle ouvrait la possibilité de maintenir sur le marché, pendant des années, des produits contenant des substances toxiques. Autrement dit, elle organisait un recul concret de la protection des citoyens. 

Avec les forces progressistes, avec la mobilisation de la société civile, nous avons rétabli des garanties essentielles. Nous avons préservé la possibilité d’interdire ces substances et réduit drastiquement les durées de commercialisation avant le retrait.Nous serons toujours là pour entraver les volontés de dérégulation en matière de santé environnementale. 

Mais au-delà de cet épisode, ce débat révèle une réalité plus profonde. La politique européenne des produits chimiques est aujourd’hui à un moment charnière. Elle oscille encore entre deux logiques : celle d’une Europe qui protège, fondée sur la science et la prévention, et celle d’une Europe qui cède à la tentation du court terme, en affaiblissant progressivement ses propres règles. 

Pour ma part, le choix est clair. 

Les connaissances scientifiques ont profondément évolué. Nous savons désormais que les expositions chimiques ne sont ni isolées ni ponctuelles. Elles sont multiples, cumulées, et s’inscrivent dans la durée. Elles interagissent avec nos environnements, nos conditions de travail, les inégalités de nos sociétés. Elles contribuent à des dynamiques sanitaires complexes que nous ne pouvons plus ignorer. 

Continuer à réguler substance par substance, sans vision d’ensemble, revient à courir derrière les risques plutôt qu’à les anticiper. 

C’est cette conviction qui a guidé mon travail sur la réforme de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Renforcer cette agence, ce n’est pas simplement améliorer un dispositif existant. C’est commencer à transformer en profondeur notre manière de penser la gestion des produits chimiques en Europe. 

J’ai voulu que cette réforme permette d’intégrer pleinement cette réalité des expositions. La mise en place d’une task force permettant de renforcer la coordination des agences de sécurité sanitaires européennes (alimentation, produits chimiques, médicaments…) en est une illustration concrète. Elle vise à mieux comprendre l’ensemble des facteurs — chimiques, environnementaux, professionnels, sociaux — qui influencent la santé. Cette approche est encore émergente mais elle est essentielle si l’on veut construire des politiques publiques cohérentes. 

J’ai également défendu un renforcement du rôle du Parlement européen. Lui permettre de saisir directement l’ECHA, c’est créer un outil de réactivité face aux risques émergents. C’est aussi une manière de renforcer le lien entre expertise scientifique et responsabilité démocratique. Demain, cela pourrait permettre d’agir plus rapidement sur des sujets comme les polymères plastiques ou d’autres substances encore insuffisamment encadrées. 

Mais il faut être lucide : cette réforme ne constitue qu’une première étape. 

La direction politique donnée par la Commission sur le dossier REACH (Enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques) sera un moment clé pour la protection de notre santé. Ce cadre a longtemps été une référence mondiale mais certains souhaitent l’affaiblir. Nous souhaitons toujours une révision législative. Mais si celle-ci ne devait pas avoir lieu, nous demanderions des garanties solides à la Commission pour qu’elle n’utilise pas des moyens détournés pour déréguler. Aussi, nous pousserons pour renforcer les moyens de l’agence de produits chimiques et pour une meilleure prise en compte des nouveaux défis : les PFAS, les perturbateurs endocriniens, les effets cumulés, l’accélération de la recherche d’alternatives aux produits dangereux. 

Sur ces sujets, je serai constant. Je m’opposerai à toute tentative de dérégulation, qu’elle prenne la forme de grandes réformes ou de décisions plus discrètes. L’expérience récente l’a montré : les reculs ne sont pas que dans les textes, ils ont des conséquences concrètes sur la santé. 

Les prochains débats, notamment sur le « food and feed omnibus » (simplification des règles en matière de sécurité des denrées alimentaires et des aliments pour animaux) seront à cet égard déterminants. Autoriser de facto certains pesticides sans limite dans le temps et sans réévaluation scientifique régulière serait une erreur majeure. De la même manière, la question des PFAS impose une réponse beaucoup plus ambitieuse. Je défends l’idée d’une restriction globale, avec des dérogations strictement limitées, et un objectif clair à terme : sortir de ces substances. 

Au fond, tous ces combats s’inscrivent dans une même vision. 

Une Europe qui protège réellement ne peut pas se contenter de réagir. Elle doit anticiper. Elle doit investir dans la science. Elle doit accepter la complexité plutôt que la simplification excessive. Elle doit aussi assumer que la santé et l’environnement ne sont pas des variables d’ajustement.