Tribune
Nora Mebarek
Cohésion territoriale, emploi et logement

La solidarité européenne ne doit pas devenir une variable d'ajustement budgétaire

L'Union européenne se trouve à un moment décisif alors que les tensions géopolitiques s'intensifient, que les inégalités se creusent, que le vieillissement s'accélère, que l'intelligence artificielle menace de nombreux emplois et que nous devons faire face au changement climatique. 

Face à l’urgence, l'Europe doit investir immédiatement et massivement. C'est précisément l'enjeu des négociations bugétaires qui auront lieux ces prochaines années. 

Or, la Commission européenne s'apprête à détruire l'un de ses rares instruments de redistribution : la politique de cohésion.

Depuis trente ans, cette politique traduit concrètement la solidarité européenne. Elle finance les infrastructures, accompagne la transition écologique, soutient l'innovation et la formation dans les régions. Elle garantit que chaque territoire, quelle que soit sa richesse initiale, dispose d'investissements lui permettant d'affronter les défis du siècle.

La proposition de la Commission sur le futur budget pluriannuel (2028-2034) menace ce projet de solidarité européen. À l'heure où les fractures territoriales alimentent la défiance envers l'Europe, il est essentiel de faire un autre choix.

Jusqu'ici, la cohésion a toujours été protégée par des fonds sanctuarisés. Or, la Commission propose de fondre la cohésion, la politique agricole, la pêche et l'immigration dans une même enveloppe, gérée par chaque gouvernement. C'est absurde et dangereux. Ces politiques n'ont rien en commun : ni les mêmes objectifs, ni les mêmes bénéficiaires, ni les mêmes temporalités.

Sous prétexte de flexibilité et de simplification, la cohésion deviendrait l'otage des batailles politiques nationales et pourrait être sacrifiée demain, au profit de nouvelles priorités comme la défense. Les gouvernements arbitreront selon leurs priorités électorales du moment. Et la cohésion, moins mobilisatrice politiquement, serait sacrifiée en premier.

Les régions y perdraient leur autonomie décisionnelle et la prévisibilité budgétaire indispensable aux investissements de long terme. Affaiblir leur rôle dans la gouvernance et la mise en œuvre des fonds, c'est fragiliser la continuité de ces investissements. C'est exposer la solidarité européenne aux revirements de chaque cycle politique national.

Cette orientation est une erreur. L'efficacité de cette politique décentralisée a fait ses preuves. Les régions l'exécutent mieux que n'importe quel gouvernement central. Elles connaissent les besoins locaux, et leur capacité à déployer efficacement les financements européens n'est plus à démontrer.

En tant que Vice-Présidente de la commission du Développement Régional, je défends une politique de cohésion forte, fondée sur une véritable gouvernance multiniveaux et sur la confiance accordée aux régions pour répondre aux besoins des territoires.

La cohésion doit rester une politique distincte, protégée par ses propres règles. Une Europe compétitive ne peut pas être une Europe fracturée. Sans cohésion territoriale, il n'y a pas de compétitivité durable. La cohésion n'est pas un coût. Elle est la condition d'une Europe plus juste, plus souveraine et plus résiliente.